Escale à Hanoï ou comment se réjouir d’une capuche

23 décembre 2017 | Flâneries | 0 com­men­taires

En escale à Hanoï, je retrouve la zone de tran­sit quit­tée quelques mois plus tôt, grande comme trois mou­choirs de poche, que je vais arpen­ter en long, en large et en tra­vers pen­dant une dizaine d’heures. Oui, un vol long‐courrier à bas coût com­prend sou­vent une longue escale. Qu’importe, j’ai le temps et cela per­met à mon men­tal (par­fois) en décé­lé­ra­tion de s’acheminer à la bonne vitesse vers ma pro­chaine des­ti­na­tion, d’effectuer la tran­si­tion d’un conti­nent à l’autre sans éprou­ver de court‐circuit. Bien que dis­jonc­ter puisse s’associer à un paroxysme émo­tion­nel recher­ché lors d’un voyage, je laisse cela pour plus tard. De sur­croît, sachant que je res­sens les choses avec inten­sité sans, for­cé­ment, réunir d’incroyables condi­tions, il n’y a pas urgence à réa­li­ser cet impé­ra­tif vibra­toire pour éva­luer posi­ti­ve­ment mon périple tout juste entamé… Il est six heures du matin au Vietnam et mon orga­nisme est encore calé sur minuit. Une dou­teuse sagesse, compte tenu de son carac­tère aléa­toire, me dicte de lais­ser le temps au temps.

Avant le décol­lage d’un vol qui va impli­quer un chan­ge­ment de fuseau horaire impor­tant, je règle ma montre sur l’heure qui cor­res­pond à ma des­ti­na­tion, ceci afin d’envoyer à mes pauvres neu­rones quel­que­fois azi­mu­tés, l’information qui, selon ce que j’ai lu, leur per­met­trait de s’accommoder plus faci­le­ment du déca­lage à l’arrivée. Je ne sau­rais trop dire si cela fonc­tionne, mais à ne rien y perdre, je ne m’empêche pas d’essayer. Après un long tra­jet, je suis quoi qu’il en soit fati­guée. Par ailleurs, érein­tée par le voyage en classe éco­no­mique, assise trop long­temps sur un siège dont les degrés d’inclinaison conviennent si peu à mes lom­baires, mon dos réclame un sou­la­ge­ment que je cherche à lui four­nir sans tar­der. Le seul divan sur lequel je peux m’allonger après mon vol de onze heures se situe au fond d’un bar. Après avoir com­mandé une bois­son chaude, je me déchausse, m’installe et tente de m’assoupir un brin mal­gré la cli­ma­ti­sa­tion réglée sur un petit qua­torze degrés qui souffle à plein régime et m’offre la superbe occa­sion de me réjouir de la capuche de mon sweat. Détail qui avait déter­miné mon choix dans l’achat de ce simple gilet quand, en pré­vi­sion de mes ran­don­nées en alti­tude dans les mon­tagnes chi­noises, j’avais eu besoin d’un com­plé­ment à la polaire habi­tuelle que j’emporte. Détail que je sou­ligne avec insis­tance, car même s’il semble ici évident, il avait repré­senté pour moi, en vou­lant col­ler à mon trous­seau idéal com­bi­nant un poids mini­mum pour un maxi­mum de poly­va­lence, deux bonnes heures d’errance dans les rayons de Décathlon… D’accord, je l’admets, trois heures de réflexion maxi­male si je cumule avec le choix des chaus­settes à la fois pro­tec­trices, confor­tables et adap­tées au cli­mat tro­pi­cal… Aussi, grâce à cette cli­ma­ti­sa­tion que je mau­di­rais en d’autres occa­sions, je me réjouis de ce judi­cieux choix de sweat à capuche ! Je sais, ma psy­ché pré­sente une struc­ture qui, à défaut d’être éven­tuel­le­ment ori­gi­nale ou inté­res­sante, pour­rait être sujette à com­pa­rai­son avec celle d’un psy­cho­pathe…

En atten­dant LA thèse sur cette com­pa­rai­son (merci au cri­mi­no­logue qui lira ces lignes), le haut‐parleur crache ses watts incom­pré­hen­sibles satu­rant l’espace sonore et empêche, de mon point de vue du moins, tout assou­pis­se­ment. Je finis donc par me rele­ver et je tra­verse la zone de tran­sit une ving­taine de fois, relan­çant la cir­cu­la­tion san­guine de mes jambes pres­su­ri­sée lors du pré­cé­dent vol. Je me requinque ensuite en dégus­tant un phó, l’incontournable soupe viet­na­mienne. Assise devant mon bol et face à la vitre sur­plom­bant le tar­mac, j’observe le petit camion trac­tant le gros avion. Les véhi­cules qui cir­culent dans tous les sens res­semblent à des jouets Kinder à côté des gros engins. Après mon absorp­tion d’une durée indé­ter­mi­née par ces scènes se jouant der­rière mon bol de nouilles, je pars véri­fier sur le pan­neau d’affichage que le second vol sup­posé m’emmener au Myanmar est à l’heure. J’y croise un trou­peau de Vietnamiens d’un âge incer­tain, pour ne pas dire d’un cer­tain âge, qui déboule sous mon nez, d’une taille moyenne d’un mètre quarante‐deux, l’allure agile et le timbre nasal, cha­cun vissé d’une cas­quette vive­ment colo­rée. Auprès d’eux, des images sai­sis­santes de mon avant‐dernier voyage me reviennent en vrac et je déroule de la bobine de mes sou­ve­nirs cer­tains moments forts vécus dans leur pays, le Vietnam ayant été un véri­table coup de cœur. J’ai encore quelques heures à com­bler, longues à égre­ner les secondes… Assez pour replon­ger plu­sieurs mois en arrière.

Ce temps écoulé, voici (enfin) venu celui de mon­ter dans le deuxième avion qui se trouve être au tiers rem­pli. Nous sur­vo­lons le Laos et ses mon­tagnes aux crêtes acé­rées recou­vertes de jungle autour des­quelles ser­pente le Mékong. Nous sommes tous glués à notre hublot dans un silence qui en dit long, abso­lu­ment éblouis par ce pay­sage qui nous est offert dans le soleil cou­chant. Les hôtesses, pour­tant habi­tuées à ce tra­jet, sont tout autant aiman­tées par cette vision et ne dérangent per­sonne dans cette contem­pla­tion. Briser cet ins­tant serait un sacri­lège. Pas un bruis­se­ment. Pas un mou­ve­ment. Juste un res­senti mas­sif par­tagé qui s’exprime par de larges sou­rires. Rien d’autre que des sou­rires. Quand bien même les mots vien­draient à ne pas man­quer, ils gâche­raient inévi­ta­ble­ment cette magie qui sus­pend notre souffle. Mon voyage, alors, je crois, com­mence véri­ta­ble­ment.

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