Machu Picchu, la magnétique cité des Dieux

21 mars 2019 | Flâneries | 2 com­men­taires

Le désir de décou­vrir le Machu Picchu consti­tue, à lui seul, un excellent pré­texte pour s’envoler vers le Pérou. En l’occurrence, ce pays étant un spot à spots, la liste des tré­sors de toutes sortes n’aura de cesse de s’allonger pour vous mener d’un bout à l’autre de ce vaste ter­ri­toire. Néanmoins, cette cité inca mythique empreinte de mys­tère, chef d’œuvre incon­testé, consi­dé­rée comme le plus impor­tant patri­moine maté­riel de la civi­li­sa­tion du peuple du Soleil, reste le point de mire d’un iti­né­raire en ces terres andines péru­viennes tout autant contras­tées que riches d’une his­toire fas­ci­nante.

Le cadre époustouflant

Les attributs naturels environnants

Ce qui scotche d’emblée le visi­teur est la beauté sai­sis­sante du site à laquelle se mêle une forme de stu­pé­fac­tion. Cette cita­delle per­chée sur la crête reliant les deux som­mets que sont le Huayna Picchu (signi­fiant « jeune mon­tagne » en que­chua) et le Machu Picchu (« vieille mon­tagne »), dont les pentes abruptes plongent de manière ver­ti­gi­neuse vers la rivière Vilcanota-Urubamba qui gronde 600 mètres plus bas, sus­cite imman­qua­ble­ment une admi­ra­tion emplie d’interrogations. Cette vision spec­ta­cu­laire, à la fron­tière des Andes péru­viennes et du bas­sin de l’Amazone, sur­prend au-delà de l’étonnement pré­vi­sible et attendu. La cité inca (lla­qta) culmine à 2 438 mètres d’altitude et émerge d’une jungle à la faune et la flore par­ti­cu­liè­re­ment diver­si­fiées. S’y observent des prai­ries de haute alti­tude, des arbris­seaux andins, des forêts de mon­tagne humides, mais aussi en contre­bas des forêts tro­pi­cales de plaine qui com­prennent quan­tité d’espèces endé­miques pour cer­taines rares de par leur carac­tère archaïque et leur pré­sence en des zones limi­tées. Cet envi­ron­ne­ment natu­rel aux mul­tiples micro­cli­mats est reconnu mon­dia­le­ment pour sa bio­di­ver­sité excep­tion­nelle et embrasse l’ouvrage archi­tec­tu­ral qui s’y intègre har­mo­nieu­se­ment. Le sanc­tuaire his­to­rique de Machu Picchu désigne un ensemble natu­rel et cultu­rel qui s’étend sur 32 592 hec­tares consti­tués de pics et de val­lées. Il a été inclus au Sistema nacio­nal de areas natu­rales pro­te­gi­das (SINANPE) qui regroupe la tota­lité des zones natu­relles pro­té­gées pla­cées sous l’administration directe du gou­ver­ne­ment cen­tral péru­vien. L’objectif du SINANPE est de contri­buer au déve­lop­pe­ment durable du pays par la conser­va­tion d’échantillons repré­sen­ta­tifs de la diver­sité bio­lo­gique du pays. Los Jardines de Mandor, le jar­din bota­nique qui peut être visité en même temps que le musée, pos­sède une banque de semences afin d’éviter la dis­pa­ri­tion des espèces endé­miques mena­cées. Ce jar­din se trouve à 1,7 km d’Agua Calientes (ou Machu Picchu Pueblo), sur la route qui mène au site archéo­lo­gique. L’intégralité du sanc­tuaire se situe sur le ver­sant orien­tal de la chaîne de mon­tagnes Vilcanota, dans la Vallée sacrée des Incas, appar­te­nant à la pro­vince d’Urubamba et au dépar­te­ment de Cuzco.

Les vestiges incas de la région

Le sanc­tuaire his­to­rique de Machu Picchu réunit bon nombre de monu­ments et sites archéo­lo­giques que les spé­cia­listes du monde entier relèvent pour leur grande valeur his­to­rique et cultu­relle. Voici ceux qui affichent des styles archi­tec­tu­raux ana­logues au Machu Picchu :

  • Chachabamba ;
  • Choquequirao ;
  • Choquesuysuy ;
  • Guamanmarca ;
  • Sayhuite.

Choquequirao, qui offre un pano­rama splen­dide, est bap­ti­sée « l’autre Machu Picchu » du fait de sa res­sem­blance avec la célèbre cité et est en réa­lité plus grande que celle à laquelle on la com­pare. Le com­plexe, dont on sup­pose n’avoir décou­vert que 30 %, s’étend sur 1 800 hec­tares au-dessus de la rivière Apurimac, à 3 050 mètres d’altitude dans les mon­tagnes Vilcabamba du dis­trict de Santa Teresa. Bien qu’elle s’apparente au Machu Picchu du point de vue archi­tec­tu­ral, sa maçon­ne­rie est moins éla­bo­rée compte tenu de la roche méta­mor­phique extraite des car­rières proches du site. Pour le moment, on ne peut y par­ve­nir qu’en effec­tuant une ran­don­née de deux jours depuis Cachora, alter­na­tive au che­min de l’Inca (trop fré­quenté et qui implique de pas­ser par une agence) qui rem­porte un franc suc­cès. Une fois à Choquequirao, le cir­cuit peut se pour­suivre jusqu’au Machu Picchu (ajou­ter quatre à huit jours de marche sup­plé­men­taires en fonc­tion des options). Un télé­phé­rique réduira bien­tôt ce trek de deux jours à quinze minutes et ache­mi­nera à Choquequirao 200 000 tou­ristes dès la pre­mière année de fonc­tion­ne­ment.

Moult sites sont visibles au cours d’une excur­sion vers le Machu Picchu, notam­ment via le renommé che­min de l’Inca, consi­déré comme un che­min de puri­fi­ca­tion spi­ri­tuelle. Quelques-uns com­portent des sys­tèmes d’irrigation com­plexes et des ande­ne­rias, ces ter­rasses en paliers bâties à flanc de mon­tagne avec des murs de sou­tien en pierre et qui sont com­po­sées de couches de terre, pierres et frag­ments de roches. Elles sont reliées par des aque­ducs et des esca­liers et per­met­taient d’exploiter ces terres pen­tues en favo­ri­sant le drai­nage tout en empê­chant les glis­se­ments de ter­rain et en retar­dant l’érosion. Les micro­cli­mats ainsi créés amé­lio­raient les ren­de­ments et ren­daient pos­sible l’expérimentation des cultures. Les ande­ne­rias ne furent pas inven­tées par les Incas, elles datent pro­ba­ble­ment de la culture Huarpa anté­rieure à l’influence de la civi­li­sa­tion de Tiahuanaco-Huari, tou­te­fois les Incas les per­fec­tion­nèrent et les mul­ti­plièrent. Ces tech­niques agraires démontrent un savoir qui prouvent le niveau élevé de déve­lop­pe­ment des Péruviens avant l’Empire inca. Des experts s’accordent pour dire que si ces tech­niques agri­coles effi­caces étaient de nou­veau appli­quées, les popu­la­tions andines seraient pré­ser­vées de mal­nu­tri­tion pen­dant des décen­nies. Parmi les sites pos­sé­dant ces sys­tèmes d’irrigation et ande­ne­rias on peut citer (à l’exception du Machu Picchu) :

  • Chachabamba ;
  • Machuqente ;
  • Palccay ;
  • Patallacta ;
  • Phuyupatamarca ;
  • Pulpituyoc ;
  • Q’ente ;
  • Qoriwayrachiwa ;
  • Runkuraqay ;
  • Sayacmarka ;
  • Torontoy ;
  • Wayllabamba ;
  • Waynaq’ente.

Par ailleurs, Chaskapata et Killipata sont deux sites funé­raires qui ont été décou­verts plus en amont de la rivière Urubamba.

Quand, par qui, et comment, la citadelle a-t-elle été repérée ?

Les premiers visiteurs connus

En 1860, August R. Berns, un entre­pre­neur alle­mand, pros­pec­teur de mines et pro­prié­taire d’une scie­rie vers le vil­lage d’Agua Calientes, acquit des terres pour son affaire qui pro­dui­sait des tra­verses de che­min de fer et qui le lia au sec­teur fer­ro­viaire péru­vien. Il se serait aven­turé sur le site aux abords de sa pro­priété entre 1860 et 1867 et aurait com­mencé à l’explorer.

En 1865, Antonio Raimondi, un natu­ra­liste d’origine ita­lienne, nota maints détails tels que la popu­la­tion clair­se­mée de la région sans pour­tant remar­quer la cité au pied de laquelle il se tenait.

En 1870, Harry Singer, un amé­ri­cain, pointa pour la pre­mière fois le Cerro Machu Picchu et le Huayna Picchu sur une carte en men­tion­nant qu’il s’agissait du Huaca de l’Inca. Ce nom pou­vait tout autant se réfé­rer au Machu Picchu, qu’à la mine de la com­pa­gnie d’extraction de bois créée par l’ingénieur entre­pre­neur August Berns qui sié­geait à proxi­mité, les lieux sacrés étant assi­mi­lés à cette époque à des mines.

En 1874, Herman Gohring, un ingé­nieur alle­mand, éta­blit avec exac­ti­tude la posi­tion de la cita­delle sur une carte.

En 1880, Charles Wiener, explo­ra­teur et diplo­mate fran­çais, confirma dans son ouvrage Pérou et Bolivie qu’il y avait des ruines à Machu Picchu bien qu’il n’ait pu s’y rendre. Après la publi­ca­tion en 1874 de son Essai sur les ins­ti­tu­tions poli­tiques, reli­gieuses, éco­no­miques et sociales de l’Empire inca, il obtint en 1875 une mis­sion scien­ti­fique au Pérou et en Bolivie. Charles Wiener sillonna le sec­teur du Machu Picchu aux alen­tours de 1876 et il com­pila des infor­ma­tions trans­mises par les habi­tants, dont les noms de Machu et de Huayna Picchu. Il réa­lisa une ving­taine de cartes et rédi­gea une tren­taine de lettres.

Le 14 juillet 1902, Agustin Lizarraga, pro­prié­taire ter­rien à Cuzco, venu préa­la­ble­ment en 1894, visita à nou­veau le site dans sa quête de terres à culti­ver. Il était accom­pa­gné d’Enrique Palma Ruiz, son cou­sin et admi­nis­tra­teur de son domaine, de Gabino Sanchez et d’un ouvrier agri­cole Toribio Recharte. En 1903, Agustin Lizarraga planta du maïs et des légumes sur les ande­ne­rias et son ouvrier agri­cole s’installa en famille pour s’occuper des plan­ta­tions. En 1904, Agustin Lizarraga amena Justo Ochoas et d’autres ouvriers de son domaine et ils lais­sèrent leurs signa­tures sur de nom­breux murs du Machu Picchu. En 1907, un der­nier ouvrier du domaine d’Agustin Lizarraga, Anacleto Alvarez, s’y éta­blit avec sa famille.

La « redécouverte scientifique »

Hiram Bingham III, his­to­rien amé­ri­cain nommé confé­ren­cier en his­toire de l’Amérique du Sud en 1907 par l’Université de Yale, repré­senta les États-Unis au pre­mier congrès scien­ti­fique pan-américain en 1909 au Chili et s’arrêta au Pérou à son retour. Il fut incité à explo­rer Choquequirao, le « ber­ceau de l’or », par le pré­fet de la pro­vince d’Apurimac qui l’invita à y déni­cher un tré­sor inca. Ce ter­rain avait déjà été foulé à plu­sieurs reprises depuis sa des­crip­tion par l’explorateur fran­çais Eugène de Sartiges dans la Revue des Deux Mondes en 1834. Une pre­mière réfé­rence écrite, bien qu’ignorée, avait été trans­crite par Cosme Bueno en 1768, mais l’explorateur Juan Arias Diaz semble avoir été le pre­mier visi­teur étran­ger en 1710. Hiram Bingham tenta de déter­mi­ner s’il s’agissait de la cité Vilcabamba La Vieja, la capi­tale secrète et ultime refuge des quatre der­niers Incas, Manco Inca et ses suc­ces­seurs, après la grande rébel­lion de 1536 durant la résis­tance contre l’invasion espa­gnole. Il conclut que Choquequirao était une for­te­resse fron­ta­lière et conti­nua ses recherches. En 1911, Alberto Giesecke, d’origine nord-américaine, direc­teur de l’Université San Antonio Abad de Cuzco, ren­sei­gna Hiram Bingham à pro­pos de ves­tiges archéo­lo­giques situés au-dessus de la côte ouest de la gorge d’Urubamba. Il lui donna notam­ment le nom d’un agri­cul­teur et auber­giste, Melchor Arteaga, qui pour­rait l’héberger en che­min et le conduire à un site. Hiram Bingham orga­nisa une expé­di­tion escorté par un offi­cier péru­vien.

Le 24 juillet 1911, il par­vint au Machu Picchu en sui­vant les indi­ca­tions des autoch­tones, prin­ci­pa­le­ment celles de Melchor Arteaga, ren­con­tré la veille, qui devina ce qu’il cher­chait et fit une par­tie du tra­jet avec lui et l’officier. Ils fran­chirent la rivière Vilcanota et avant d’arriver au som­met d’une mon­tagne escar­pée, l’aubergiste fit halte pour cau­ser au pro­prié­taire d’une hutte en bois. L’aubergiste passa ensuite le relais à Pablito, un enfant de onze ans qui les guida dans l’escalade des ter­rasses en paliers et ils attei­gnirent les murs de gra­nit en ruine recou­verts de mousse et de végé­ta­tion tro­pi­cale. Hiram Bingham constata que deux familles vivaient là en culti­vant les ande­ne­rias. Il s’agissait des Recharte et des Alvarez (Pablito qui connais­sait très bien les parages était d’ailleurs l’un des fils Recharte). En 1912, il fut par­rainé par l’Université de Yale et la National Geographic Society et il retourna au Machu Picchu où un grand net­toyage fut réa­lisé pen­dant quatre mois avec l’aide de la popu­la­tion locale. Hiram Bingham, assisté par une équipe plu­ri­dis­ci­pli­naire, démarra la même année les pre­mières fouilles archéo­lo­giques qui se pour­sui­virent jusqu’en 1915. National Geographic consa­cra en avril 1913 un numéro entier au Machu Picchu illus­tré des pho­to­gra­phies de l’explorateur. Ainsi, c’est à Hiram Bingham qu’est attri­buée la « redé­cou­verte scien­ti­fique » du Machu Picchu et sa révé­la­tion au monde.

Hiram Bingham, élu gou­ver­neur du Connecticut en 1924, puis séna­teur à Washington, devint célèbre et for­tuné après la publi­ca­tion de ses aven­tures explo­ra­trices. Il recon­nut ne pas avoir été le pre­mier à repé­rer le site et fit allu­sion à un pos­sible pros­pec­teur de mines. Il admit éga­le­ment avoir effacé les signa­tures d’Agustin Lizarraga et de ses par­te­naires, ins­crites à vingt-trois endroits dont le Templo de las Tres Ventanas. Il nota dans un car­net qu’Agustin Lizarraga avait décou­vert la cité et qu’il vivait sur le pont de San Miguel. Hiram Bingham resta per­suadé que Machu Picchu était Vilcabamba La Vieja, mais en 1956, alors qu’il venait de décé­der, cette hypo­thèse fut démen­tie et Vilcabamba fut par la suite envi­sa­gée au cœur de la jungle à 80 km à l’ouest du Machu Picchu. Récemment, Vilcabamba a été rat­ta­chée au site archéo­lo­gique d’Espiritu Pampa qui garde les traces d’un incen­die et les signes archi­tec­tu­raux d’une influence his­pa­nique tels que des tuiles en terre cuite sur les toi­tures des édi­fices incen­diés. Or on sait que la capi­tale secrète des Incas fut brû­lée par l’armée du der­nier Inca Tupac Amaru en 1572 afin que les conquis­ta­dores ne s’en emparent pas. Hiram Bingham par­cou­rut Espiritu Pampa peu avant le Machu Picchu, mais ne per­ce­vant pas son impor­tance sous la végé­ta­tion luxu­riante, il passa à côté de ce qu’il cher­chait (il n’aurait vu qu’une ving­taine des 400 à 500 bâti­ments). Alberto Giesecke raconta à un jour­na­liste de El Comercio, cinq ans après le décès d’Hiram Bingham, com­ment il avait eu connais­sance de l’existence des ruines et du nom de Melchor Arteaga. C’était lors d’une ran­don­née équestre de sept jours jusqu’à l’actuel Quillabamba avec Braulio Polo y La Borda, pro­prié­taire d’un domaine au sein de la val­lée de la Convencion, qui l’avait invité. Alberto Giesecke reporta des remarques à ce pro­pos dans le jour­nal d’archéologie de Cuzco. Hiram Bingham s’abstint, quant à lui, de par­ler de ces infor­ma­tions qu’il déte­nait avant son expé­di­tion en 1911.

Un trésor pillé par les premiers explorateurs

Selon l’historien et explo­ra­teur amé­ri­cain Paolo Greer, August Berns pro­fi­tait du sou­tien de beau­coup de notables et pilla le site avec l’approbation du gou­ver­ne­ment péru­vien. Ses explo­ra­tions menées de 1867 à 1870 lui dévoi­lèrent des mer­veilles, mais en 1879 il fuit au Panama lors de la guerre du Pacifique où le Pérou et le Chili s’affrontèrent. Il revint en 1887 après la fin de la guerre et créa une nou­velle entre­prise péru­vienne minière consi­gnée dans les registres des États-Unis sous le nom Compagnie Minière de Mines Incas d’Or et d’Argent. Paolo Greer a relevé un feuillet de 1887, archivé par les Péruviens, où August Berns avait déclaré, en fai­sant la pro­mo­tion de sa société, qu’il avait décelé d’importantes construc­tions com­pre­nant des struc­tures sou­ter­raines. Il y pré­ci­sait que cer­taines étaient sculp­tées et ren­fer­maient sûre­ment des tré­sors incas. Paolo Greer et un his­to­rien péru­vien ont prouvé qu’en 1887 l’État péru­vien avait accepté qu’August Berns exporte ses trou­vailles à condi­tion de rever­ser 10 % de ses gains au gou­ver­ne­ment. Le direc­teur de la biblio­thèque natio­nale du Pérou aurait été un de ses col­la­bo­ra­teurs com­mer­ciaux tan­dis que le vice-président de sa société, curieu­se­ment, col­lec­tion­nait des anti­qui­tés (sa col­lec­tion fut ven­due à un musée ber­li­nois). Paolo Greer s’est pro­curé une liste de cinquante-sept contacts d’August Berns, en par­ti­cu­lier des amé­ri­cains et des bri­tan­niques, qu’il sus­pecte d’avoir été d’éventuels ache­teurs. Il a sol­li­cité une coopé­ra­tion inter­na­tio­nale afin de pis­ter ces tré­sors per­dus, mais jusqu’ici cela n’a rien donné et les recherches se sont élar­gies aux États-Unis et en Europe. Une enquête devait s’ouvrir à pro­pos de ces cinquante-sept rela­tions pour ten­ter de loca­li­ser les richesses pillées.

Hiram Bingham fut aussi accusé de pillage après avoir emporté des objets pré­cieux à l’université de Yale en vue de leur étude. Il avait obtenu l’autorisation de les sor­tir tem­po­rai­re­ment du Pérou et devait les res­ti­tuer en 1916. Le gou­ver­ne­ment péru­vien les réclama en vain plu­sieurs fois dès 1920 et c’est seule­ment en 2001 que le nou­veau pré­sident de la République, Alejandro Toledo, remit les négo­cia­tions au goût du jour. L’université répon­dit qu’elle consen­ti­rait à les ren­voyer si elle pou­vait contrô­ler la col­lec­tion, ce qui ne fut pas rece­vable du point de vue péru­vien qui enga­gea en 2008 une pro­cé­dure judi­ciaire. En 2010, Alan Garcia, revenu au pou­voir en 2006, lança un ulti­ma­tum à l’université pour qu’elle remette les pièces archéo­lo­giques avant la date du cen­te­naire de la « redé­cou­verte » sous peine d’être poin­tée du doigt et com­pa­rée aux pilleurs de tré­sors. Alan Garcia ras­sem­bla des mil­liers de mani­fes­tants exi­geant le retour des reliques incas et attira l’attention inter­na­tio­nale. Il écri­vit éga­le­ment à Barack Obama espé­rant obte­nir son sou­tien pour récu­pé­rer la col­lec­tion à temps. Malgré l’absence de la tenue d’un registre offi­ciel, ces frag­ments archéo­lo­giques pré­co­lom­biens avaient été éva­lués par Yale à 5 500 dont seule­ment un peu moins de 400 pré­sen­taient une qua­lité suf­fi­sante afin d’être expo­sés en musée. Ils furent scru­pu­leu­se­ment réper­to­riés dans le cadre d’un inven­taire réa­lisé par l’Institut National de la Culture péru­vien au Peabody Museum de l’université de Yale en 2008. Finalement, c’est près de 46 000 objets clas­sés par lots (céra­miques, métaux, restes humains ou en lien avec la faune comme des dépouilles ani­males) qui furent dénom­brés et reven­di­qués. Un accord ami­cal sus­pen­dant toute pro­cé­dure judi­ciaire fut enfin conclu en 2010, il sti­pu­lait que ces pièces seraient sous la tutelle de l’université de Cuzco où les archéo­logues de Yale pour­raient en dis­po­ser de manière à pour­suivre leurs ana­lyses. Après inven­taire, les prin­ci­pales pour com­mé­mo­rer le cen­te­naire devraient être remises au Pérou dès les pre­miers mois de l’année 2011 et Yale aurait jusqu’en décembre 2012 pour rendre les autres. La dif­fi­culté du Pérou à recou­vrer ce patri­moine ramené par Hiram Bingham camou­fla le scan­dale du pre­mier pillage par August Berns.

Les ruines en tant que telles

De quoi s’agit-il ?

Le plan général

Les ves­tiges de la cita­delle édi­fiée au XVe siècle, forment le cœur du sanc­tuaire his­to­rique du Machu Picchu. Ils sont répar­tis sur 530 mètres de long et 200 mètres de large. Deux zones dis­tinctes sont sépa­rées par un long mur de 400 mètres :

  • la zone agri­cole, com­po­sée de ter­rasses et de canaux d’irrigation, expo­sée au sud pour favo­ri­ser les cultures (fruits, légumes et plantes médi­ci­nales tels que maïs, piments, pommes de terre, coca…) ;
  • la zone urbaine, au nord, comp­tant envi­ron 200 construc­tions selon John Hemming (285 selon Thierry Jamin), toutes orien­tées vers l’est, reliées par des ruelles et une quan­tité incal­cu­lable de marches ; divi­sée elle-même en deux par­ties sépa­rées par une grande place céré­mo­nielle :
    • la ville haute (Hanan), à l’ouest, asso­ciée au quar­tier noble en rai­son de ses bâti­ments en pierre de taille ajus­tée sans mor­tier. Au sud de la place, s’y concentrent les monu­ments à l’architecture très soi­gnée, il s’agit des dif­fé­rents quar­tiers de l’élite, à savoir le quar­tier sacré (dédié à Inti, le dieu Soleil, pro­tec­teur de l’Empire inca), des ecclé­sias­tiques et des nobles ;
    • la ville basse (Hurin), à l’est, com­por­tant des construc­tions aux sur­faces moindres et fabri­quées en moel­lons de gra­nit assem­blés avec un mor­tier argi­leux. Les arti­sans et le peuple y auraient habité, c’est le quar­tier popu­laire et arti­sa­nal dit uti­li­taire.

L’ancienne porte prin­ci­pale de la ville, au sud-ouest, don­nait accès au sec­teur reli­gieux séparé de la zone agri­cole par le long mur de 400 mètres bordé d’escaliers. L’anneau en pierre qui sur­monte la porte à l’intérieur et les deux poi­gnées dans les ren­fon­ce­ments sur les côtés per­met­taient d’en blo­quer l’ouverture. Cette porte, en haut de l’escalier, ne cor­res­pond pas à la porte d’entrée prin­ci­pale affec­tée aux visi­teurs actuels qui figure au sud-est de la cité.

Le détail des secteurs de la zone urbaine

  • La ville haute
    • Les demeures des prêtres sont dans la par­tie éle­vée. Un grand esca­lier des­cend vers la rue des fon­taines.
    • La mai­son du Gardien de la fon­taine pos­sède seule­ment trois murs dont l’un est percé de trois fenêtres tra­pé­zoï­dales et, depuis qu’elle a été res­tau­rée, est cou­verte d’un toit de chaume.
    • Les fon­taines sacrées (Fuentes Sagradas) sont l’ensemble des seize bains céré­mo­niels dis­po­sés en paliers faci­li­tant l’écoulement de l’eau en cas­cade. Cette eau pro­ve­nait d’une source en amont et irri­guait la cita­delle grâce aux canaux créés.
    • La fon­taine prin­ci­pale (Fuente Principal), près du temple du Soleil, s’applique au bas­sin supé­rieur, autel dédié au culte de l’eau.
    • Le temple du Soleil (Templo del Sol) ou Torreon, a l’allure d’une tour à moi­tié cir­cu­laire de 10,5 mètres de dia­mètre avec deux fenêtres tra­pé­zoï­dales, des niches sans doute consa­crées aux offrandes et des autels sacri­fi­ciels. Au sol, l’arête d’une pierre pré­ci­sé­ment décou­pée est orien­tée vers le lever du soleil ; lors du sol­stice de juin, en se pla­çant au centre de cette pierre, on peut obser­ver l’aube par la fenêtre du nord-est (les sol­stices se réfèrent aux deux jours par an où la durée de la jour­née est pour l’un la plus courte et pour l’autre la plus longue ; vu que dans l’hémisphère sud, ils sont inver­sés par rap­port à l’hémisphère nord, le sol­stice d’hiver est proche du 21 juin avec la jour­née la plus courte et celui d’été proche du 21 décembre avec la jour­née la plus longue). Quant à la fenêtre du sud-est, elle est diri­gée vers le lever de la queue du scor­pion, le scor­pion étant une constel­la­tion de l’hémisphère sud dont l’observation pou­vait contri­buer à éta­blir le calen­drier des semailles et des récoltes (par exemple, la durée entre l’apparition de la constel­la­tion d’Orion et celle de la queue du scor­pion concou­rait à déter­mi­ner un cycle néces­saire aux cultures). Dans ce temple sub­sistent les traces d’un incen­die. En des­sous, une cavité, pro­ba­ble­ment un mau­so­lée, est appe­lée tom­beau royal (Tumba Real) bien qu’aucune momie ou osse­ment n’y ait été exhumé. Elle est éga­le­ment inti­tu­lée le temple de la Terre Mère (Pachamama), sym­bo­li­sant pour les Incas le seuil de l’infra monde où rési­daient leurs ancêtres. 142 sque­lettes ont été retrou­vés à côté.
    • Le palais de la Princesse (Palacio de la Ñusta), au sud-est du Torreon, est un bel édi­fice fourni en niches qui s’élève sur deux étages. Cette habi­ta­tion aurait pu être celle du grand-prêtre du culte solaire, le Willac Umu, parent de l’Inca, sou­vent son frère, incar­nant une puis­sance équi­va­lente.
    • La rési­dence de l’Inca ou enceinte royale (Recintos Principales) est la plus spa­cieuse de toutes les habi­ta­tions et même l’un des plus grands monu­ments de la cité. Elle est com­po­sée d’un hall cen­tral et de patios. Son excel­lente fac­ture et les lin­teaux de pierre qui pèsent jusqu’à 3 tonnes témoignent qu’il s’agissait d’une demeure des­ti­née à la noblesse. Ses entrées donnent sur la source prin­ci­pale et le Torreon. De la ter­rasse, le regard balaye l’est de la ville. La rési­dence de l’Inca est à l’intersection de deux axes stra­té­giques : un large esca­lier repré­sente la rue prin­ci­pale avec les fon­taines et forme le pre­mier axe tan­dis que la grande place faite de ter­rasses en paliers maté­ria­lise le deuxième axe.
    • Le temple aux Trois Fenêtres (Templo de las Tres Ventanas) se dis­tingue par ses trois fenêtres tra­pé­zoï­dales sur la façade orien­tale. Elles dési­gne­raient les trois mondes dans la concep­tion andine, soit le monde spi­ri­tuel au-dessus de la terre (Hanan Pacha), le monde pré­sent sur terre (Kay Pacha) et le monde des défunts sous terre (Ukhu Pacha). Le pilier en pierre sou­te­nait le toit et au pied de ce pilier, se dresse une demi-croix andine en pierre. Lors du sol­stice d’hiver, en juin, son ombre por­tée com­plète la croix qui devient entière. Celle-ci, appe­lée Chakana, exis­tait bien avant la civi­li­sa­tion inca et explique, pour les cultures andines, le monde phy­sique, les cycles sai­son­niers et le monde méta­phy­sique, elle peut être consi­dé­rée comme un pont entre le monde réel et le monde spi­ri­tuel.
    • Le temple prin­ci­pal (Templo Principal), au nord de la place sacrée, est de taille impo­sante, ces blocs de pierre de plu­sieurs tonnes sont joints de manière remar­quable. Il ne pos­sède pas de façade et n’est donc consti­tué que de trois murs. Un affais­se­ment de ter­rain a endom­magé la par­tie droite. Proche du mur du temple aux Trois Fenêtres, au sud-est de la place sacrée, cette construc­tion pour­vue de deux portes et de neuf niches tra­pé­zoï­dales aurait été un lieu réservé aux prêtres ou peut-être l’habitation du grand-prêtre, le Willac Umu.
    • La sacris­tie (Casa del Sacerdote) ou chambre des orne­ments, est un temple secon­daire qui est rat­ta­ché au temple prin­ci­pal où se pré­pa­raient les prêtres avant les rites sacrés. Le banc en pierre aurait pu ser­vir à faire sécher les momies. Le mon­tant gauche du cham­branle de sa porte d’entrée est com­posé d’une pierre avec trente-deux angles.
    • L’Intihuatana dont la tra­duc­tion signi­fie « là où s’attache le soleil » est le monu­ment le plus sacré du site. Cet autel mono­li­thique a une hau­teur de 1,76 mètre et un dia­mètre de presque 2 mètres. Il est visible sur les hau­teurs d’une col­line, après avoir gravi soixante-dix-huit marches bien ouvra­gées. Un prisme rec­tan­gu­laire, de 66 cm de haut, au centre du rocher de gra­nit, est orienté du nord-ouest au sud-est avec les quatre angles vers les points car­di­naux. Cette Pierre du Soleil, sou­vent com­pa­rée à un cadran solaire, per­met­tait notam­ment de mesu­rer les sol­stices et les équi­noxes (qui se rap­portent aux deux jours par an, en mars et sep­tembre, où la durée de la jour­née est égale à celle de la nuit et ce pour tous les coins sur terre ; à ces occa­sions, à midi, le soleil à son zénith se situe exac­te­ment sur l’équateur qui sépare les deux hémi­sphères). L’Intihuatana ne pro­jette aucune ombre lorsque le soleil est à son zénith pen­dant les deux équi­noxes. La course du soleil, presque à la ver­ti­cale au-dessus de l’équateur, pro­duit peu d’ombre, mais pour­quoi ce phé­no­mène est-il constaté alors que le Machu Picchu est à 13 degrés au sud de l’équateur ? Parce que la valeur de l’inclinaison de la par­tie supé­rieure de cette pierre est jus­te­ment égale à 13 degrés ! Lors du sol­stice de décembre, lorsque le soleil se lève, la roche est éclai­rée par un tri­angle de lumière dans lequel deux cercles concen­triques appa­raissent et le soleil se couche der­rière la mon­tagne Pumasillo aussi appe­lée Yanantin. Les cycles agri­coles étaient gérés grâce à la maî­trise de cette mesure com­bi­née aux calen­drier solaire et lunaire. Ainsi, l’Intihuatana est davan­tage assi­milé à un obser­va­toire astro­no­mique par­ti­ci­pant à l’étude du cycle des sai­sons. Enfin, la pierre indi­que­rait le nord magné­tique et il est dit qu’une intense éner­gie s’en dégage.
    • Le sec­teur des car­rières par lequel on accède en emprun­tant l’escalier près des fon­taines, contient des blocs de pierre non ordon­nés. Les guides énoncent com­ment les pierres étaient taillées en creu­sant des petits trous à des endroits pré­cis où de l’eau ver­sée gelait et aidait ensuite à fendre la roche. Certains pensent que ces marques sont liées au tra­vail de l’archéologue Manuel Chavez Ballon et sont par consé­quent récentes. Hiram Bingham a exhumé des osse­ments et dif­fé­rents objets dans ce péri­mètre au bord du pré­ci­pice sur­plom­bant la rivière Urubamba.
    • Le rocher sacré (Roca Sagrada), au nord de la cité, est proche de l’entrée pour gra­vir le Huayna Picchu. C’est un mono­lithe de 3 mètres de haut et ses contours suivent ceux de la mon­tagne Pumasillo. Il se dit que de ce rocher rayonne éga­le­ment une éner­gie consi­dé­rable.
  • La ville basse
    • Les habi­ta­tions au nord se res­semblent, elles com­portent une entrée et un patio au centre de cinq ou six pièces éle­vées sur des ter­rasses.
    • Le quar­tier des Trois Portes est sup­posé être l’Acllahuasi ou la mai­son des vierges du Soleil car aucune porte ni fenêtre ne donne sur la place céré­mo­nielle. Ces femmes élues (« aclla-cuna » en que­chua) étaient enle­vées à leur famille encore enfants selon des cri­tères de beauté et étaient offertes à l’Inca. Sorte de ves­tales, elles vivaient recluses toute leur vie, si une per­sonne péné­trait leur rési­dence, elle était condam­née à mort.
    • La salle des Mortiers (Sala de los Morteros) com­prend deux cercles de pierre au sol de 30 cm de dia­mètre qu’Hiram Bingham avait asso­cié à des mor­tiers pour moudre le maïs. D’aucuns pré­sument qu’ils étaient dédiés, au cours de céré­mo­nies par­ti­cu­lières, à rece­voir des liba­tions de chi­cha (bois­son issue de la fer­men­ta­tion du maïs vouée au dieu Inti que les Espagnols nom­mèrent ainsi par la suite). Sinon il pour­rait s’agir d’observatoires les­quels, une fois rem­plis d’eau, tels des miroirs, auraient reflété les astres.
    • L’Intimachay est une petite caverne, pro­ba­ble­ment un obser­va­toire solaire consa­cré au sol­stice d’hiver ; dix jours avant et après ce sol­stice, les rayons du soleil levant éclairent le fond de la caverne par la fenêtre.
    • Le quar­tier des pri­sons ou bloc car­cé­ral, est un dédale de ruelles, de niches et de cavi­tés par­fois sou­ter­raines prises pour des cel­lules car leurs dimen­sions cor­res­pondent à la taille d’un homme et des trous auraient per­mis de les ver­rouiller ou d’attacher les pri­son­niers aux poi­gnets. Néanmoins, les Incas mécon­nais­saient l’emprisonnement, ils sup­pri­maient les pri­vi­lèges, tor­tu­raient ou exé­cu­taient ceux qu’ils sou­hai­taient punir. Cette sec­tion aurait pu être consa­crée à des rites funé­raires ou à des sacri­fices d’autant qu’Hiram Bingham y a trouvé des sépul­tures. Ce laby­rinthe inclut le temple du Condor (Templo del Condor) situé à l’entrée d’une caverne. Au sol, sur une pierre plate orien­tée vers l’est, est sculp­tée la tête d’un condor dont le corps se pro­longe avec ses ailes déployées dans la roche. Cette pierre, aurait pu faire office d’autel sacri­fi­ciel, le sang s’écoulant vers la Terre-Mère Pachamama, liée à la fer­ti­lité, par un canal creusé à l’extrémité de la tête du rapace. L’âme des sacri­fiés pou­vait alors s’envoler pour l’au-delà sur les ailes de l’oiseau mythique, mes­sa­ger du ciel et de la terre. Un petit pas­sage mène à une chambre sou­ter­raine exi­guë.

Le détail des secteurs de la zone agricole

Il y a deux zones agri­coles, l’une haute et l’autre basse. La pre­mière repré­sente une qua­ran­taine de ter­rasses et la seconde en compte quatre-vingt. Un seul canal relie l’ensemble bien qu’en amont, un sys­tème com­plet de cana­li­sa­tions, quel­que­fois sou­ter­raines, ait dérivé l’eau en pro­ve­nance des som­mets jusqu’aux cultures.

  • La zone agri­cole haute
    • La mai­son du Gardien (Recinto del Guardian), dit le mira­dor, au sud-ouest de la zone agri­cole sur les hau­teurs des ter­rasses, a été res­tau­rée et est cou­verte par un toit de chaume. Les trois fenêtres sur l’un des trois murs exis­tants offraient un angle d’observation idéal. Elle est acces­sible par le che­min de l’Inca et délivre le fameux pano­rama sur la cité.
    • Le cime­tière supé­rieur, der­rière la mai­son du Gardien, est un ter­rain où Hiram Bingham a mis au jour nombre d’ossements et de momies. Un cime­tière plu­tôt des­tiné aux prêtres et aux nobles.
    • Le rocher funé­raire (Roca Funeraria), à proxi­mité de la mai­son du Gardien, est un bloc avec trois marches sculp­tées dans la masse en plau­sible réfé­rence aux trois mondes déjà men­tion­nés à la des­crip­tion du temple aux Trois Fenêtres. Ce mono­lithe aurait pu être un autel uti­lisé pour la pré­pa­ra­tion et le séchage des momies.
  • La zone agri­cole basse
    • La mai­son des agri­cul­teurs, au sud-est de la zone agri­cole, regroupe cinq édi­fices en petites pierres liées par de la boue séchée qui s’élèvent sur cinq paliers de ter­rasses qui ser­vaient vrai­sem­bla­ble­ment de gre­nier pour le sto­ckage.

Autour du Machu Picchu

  • Du côté de la mon­tagne Machu Picchu
    • La porte du Soleil (Intipunku), au sud-ouest de la cita­delle sur le che­min de l’Inca, est un ancien poste de garde. Elle accueille les rayons du soleil levant lors des sol­stices de juin avant qu’ils ne soient obser­vés par la fenêtre du nord-est du Torreon. Des autels laissent devi­ner des célé­bra­tions rituelles.
    • Le pont de l’Inca, très étroit, taillé le long de la roche abrupte au bord d’un pré­ci­pice et fort ris­qué à fran­chir, est main­te­nant inter­dit après l’accident fatal d’un tou­riste. Le des­sous du pont n’est pas com­blé et si des ron­dins de bois ne sont pas encas­trés dans les par­ties saillantes de la roche, il est impos­sible de l’enjamber ou de le tra­ver­ser, ceci afin d’éviter toute inva­sion.
  • Du côté de la mon­tagne Huayna Picchu
    • Le temple de la Lune (Templo de la Luna), décou­vert en 1936, est l’une des œuvres les plus tra­vaillées du site. Ce joyau, mérité du fait de l’ascension mal­ai­sée jusqu’au cœur d’une grotte natu­relle, sur la façade nord du Huayna Picchu, com­porte des niches, trois portes sym­bo­li­sant les trois mondes de la cos­mo­go­nie andine et un autel sculpté dans la roche. Les nuits du sol­stice d’hiver, la lune l’illumine par une ouver­ture située au-dessus de la grotte.
    • Une porte secrète murée, expo­sée à l’est, a été repé­rée par l’ingénieur fran­çais David Crespy en 2010 sous un édi­fice reli­gieux impor­tant. Elle cache­rait un sanc­tuaire qui abri­te­rait a priori un tré­sor. Des recherches appro­fon­dies menées par l’équipe de l’explorateur Thierry Jamin, grâce à des mesures par réso­nance magné­tique, ont révélé deux portes, une dizaine de cavi­tés sou­ter­raines dont une salle aux dimen­sions géné­reuses orien­tée nord-sud et est-ouest et un esca­lier. Y a été déce­lée éga­le­ment une grande quan­tité de métaux pré­cieux tels que de l’argent et de l’or. Ces infor­ma­tions augurent une décou­verte majeure, peut-être même le tom­beau de l’empereur Pachacutec et de sa panaca, bien que sa momie ait pro­ba­ble­ment été enter­rée dans l’ancien hôpi­tal de San Andrés de Lima. Actuellement, les inves­ti­ga­tions sont à l’arrêt compte tenu de désac­cords avec les auto­ri­tés péru­viennes qui dis­cré­ditent les méthodes pour col­lec­ter les don­nées ainsi que les éven­tua­li­tés qui en découlent et refusent depuis 2013 de déli­vrer le per­mis néces­saire.

Les caractéristiques du Machu Picchu

Les caractéristiques sacrées

La cité est loca­li­sée non loin de la Vallée sacrée des Incas et la rivière qui afflue en contre­bas était nom­mée Willcamayu par les Incas, soit « rivière sacrée », car son sol était le plus fer­tile de l’Empire inca. De sur­croît, la forme natu­relle de l’éminence Huayna Picchu évoque une pyra­mide (davan­tage accen­tuée avant qu’elle ne s’érode) pou­vant être consi­dé­rée comme un signe divin qui aurait attiré ceux qui s’installèrent en pre­mier dans les envi­rons, d’autant que deux mon­tagnes voi­sines moins hautes ont des contours simi­laires. Le plan de la croix andine (Chakana) est d’ailleurs une pyra­mide qui sym­bo­lise la struc­ture de l’univers. En outre, les ani­maux célèbres de la mytho­lo­gie inca sont visibles. Par exemple, le Huayna Picchu, au pied duquel l’Urubamba s’enroule tel un ser­pent, s’apparente à un puma prêt à bon­dir, pro­té­geant la cita­delle qui sug­gère pour une par­tie un caï­man et une autre un ser­pent ou, selon un cer­tain angle, un condor. Enfin, le sec­teur reli­gieux ins­pire aussi un puma. Or, les trois mondes déjà abor­dés, sont res­pec­ti­ve­ment repré­sen­tés par le condor, le puma et le ser­pent. Ces par­ti­cu­la­ri­tés de la nature envi­ron­nante, en réso­nance avec les croyances incas, étaient assu­ré­ment pro­pices à la créa­tion de la cité sacrée dont l’orientation de tous les prin­ci­paux monu­ments est déter­mi­née par les Apus, dieux des mon­tagnes véné­rés par les enfants du Soleil.

Les caractéristiques techniques

Les Incas n’utilisaient ni les ani­maux de trait, ni les roues, ni les outils en fer, ce qui rend très énig­ma­tique la méthode de construc­tion de la cita­delle, sculp­tée dans l’entaille entre deux som­mets, dont la situa­tion topo­gra­phique com­plique d’autant le trans­port et la taille des blocs de gra­nit. Si ceux-ci ont été ache­mi­nés depuis des car­rières éloi­gnées, les blocs pesant plu­sieurs tonnes ont néces­sité une ingé­nie­rie pro­di­gieuse. Cependant, de la roche récu­pé­rée sur le site montre un tra­vail de taille inachevé qui induit que c’est ce gra­nit, sur place, qui était exploité. Les formes et les fai­blesses de la roche étaient mises à pro­fit pour la taille avant un ajus­tage minu­tieux des blocs entre eux, à l’aide de fils à plomb, d’un sys­tème proche du pan­to­graphe et d’outils en héma­tite, mine­rai de fer sup­por­tant les chocs. En dehors des bâti­ments de la ville haute, les pierres irré­gu­lières ont été assem­blées avec de la terre. Par ailleurs, des fon­da­tions pro­fondes ont été réa­li­sées sous terre. L’ingénieur Kenneth Wright a avancé que sur l’ensemble de la construc­tion, 60 % était sou­ter­raine. Les ter­rasses en aval, plus étroites, consti­tuent des murs de sou­tien. Les drai­nages ont été effec­tués avec des pierres de tailles variées, des roches broyées, de l’argile et de la terre, favo­ri­sant l’évacuation de l’eau, les pluies étant fré­quentes voire tor­ren­tielles en début d’année. En sus, les édi­fices sont élar­gis à leur base et légè­re­ment incli­nés vers l’intérieur pour résis­ter aux secousses sis­miques cou­rantes dans le pays et ren­for­cées par l’emplacement de la cité éri­gée au som­met de deux lignes de frac­ture. Lors d’un trem­ble­ment de terre, il est dit que les pierres d’un ouvrage archi­tec­tu­ral inca « dansent », elles bougent puis se remettent exac­te­ment en place. C’est grâce au choix de ce gra­nit et à ces tech­niques que les struc­tures ont résisté aux séismes et autres catas­trophes natu­relles des der­niers siècles.

Ce que l’histoire raconte

Le contexte général

La cita­delle fut pro­ba­ble­ment bâtie entre 1440 et 1450 par l’empereur Pachacuti Inca Yupanqui, appelé Pachacutec, qui régna de 1438 à 1471. Cette région for­te­ment peu­plée était habi­tée par des mon­ta­gnards et l’agriculture y était pra­ti­quée dès le VIIIe siècle avant J.-C. L’Inca Pachacutec aurait décou­vert le site à l’occasion d’une cam­pagne mili­taire menée contre les Chancas et la vic­toire de cette bataille pour­rait y avoir été célé­brée. La cité sacrée fut déser­tée avant son achè­ve­ment au moment de l’effondrement de l’Empire inca. Les spé­cia­listes pré­sument que les habi­tants du site fai­saient par­tie d’une élite reli­gieuse ou poli­tique et que des tra­vailleurs mit­ma­q­kuna, pro­ve­nant de diverses régions de l’Empire, s’occupaient des terres agri­coles. À la période inca, les récoltes y étaient par­ti­cu­liè­re­ment abon­dantes. Les ande­ne­rias furent culti­vées à dif­fé­rentes périodes depuis l’abandon du site même si la zone urbaine ne témoigne pas d’une occu­pa­tion quel­conque. Bien que la végé­ta­tion ait repris ses droits sur une part des ruines, les lieux n’étaient pas tom­bés dans l’oubli. Parmi les cli­chés pho­to­gra­phiques pris par Hiram Bingham pen­dant ses pre­mières recherches, de nom­breux bâti­ments n’apparaissent pas recou­verts d’une végé­ta­tion dense (et ne furent pas inté­grés à ses notes et à ses conclu­sions…).

Les hypothèses avancées quant à sa fonction

Une citadelle aux fonctions défensives

C’est Hiram Bingham qui avança cette thèse, sou­te­nue par la pré­sence des douves, du mur d’enceinte et d’une topo­gra­phie acci­den­tée qui aurait faci­lité la défense de la for­te­resse.

Un refuge pour acllas

Hiram Bingham fut éga­le­ment à l’origine de cette idée qu’il asso­ciait à la pré­cé­dente, la pre­mière n’excluant pas la seconde. La décou­verte de presque 150 momies dont on pensa à l’époque, à tort, qu’elles étaient majo­ri­tai­re­ment fémi­nines, l’influença peut-être vers la piste d’acllas sacri­fiées. Abstraction faite de cette éven­tua­lité, aucun élé­ment n’a per­mis de com­prendre la cause de l’intense souf­france figée consta­tée sur ces visages momi­fiés.

Un grenier à feuilles de coca pour la cour de Cuzco

La pro­duc­tion agri­cole pos­sible du Machu Picchu était bien supé­rieure aux besoins de la popu­la­tion locale esti­mée d’après les habi­ta­tions réper­to­riées, soit entre 300 et 1 200 per­sonnes. En ajou­tant ces récoltes à celles plu­tôt vastes de sites voi­sins, tels que Intipata au sud-ouest et Huiñay Huayna le long du che­min de l’Inca, il est plau­sible pour cer­tains archéo­logues d’envisager cette hypo­thèse.

Un refuge secret des Incas

Seuls quelques pri­vi­lé­giés auraient été infor­més de son exis­tence qui aurait été cachée aux conquis­ta­dores. Sauf qu’au sein des popu­la­tions indi­gènes beau­coup sou­te­naient les Espagnols qui auraient dû, par consé­quent, connaître cette région dyna­mique, ce qui n’est pas le cas. C’est pour­quoi, l’idée du refuge qui n’aurait pas été révélé à la plu­part des Indiens demeure vrai­sem­blable. La rai­son pour laquelle les villes avoi­si­nantes furent déser­tées avant l’arrivée des conqué­rants espa­gnols n’est pas éclair­cie. On ne sait si une épi­dé­mie ou l’attaque d’une tribu de la jungle décima la popu­la­tion locale ou encore si une élite déporta des habi­tants rebelles à une auto­rité mal vécue.

Un palais impérial

C’est l’archéologue et anthro­po­logue amé­ri­cain John Howland Rowe qui, dans les années 1980, à par­tir d’un manus­crit du XVIe siècle issu des Archives colo­niales espa­gnoles, émit cette théo­rie. En effet, selon ce texte, un domaine royal appelé Picchu aurait été construit au nord de Cuzco par l’Inca Pachacutec. La cité aurait pu être édi­fiée et peu­plée par les des­cen­dants de l’Inca avant d’être délais­sée une fois la lignée impé­riale dis­pa­rue. En outre, le palais aurait pu ser­vir de vil­lé­gia­ture à l’empereur.

Un site religieux

Il y a assez de monu­ments reli­gieux sur le site qui jus­ti­fient cette option, mais bien trop d’habitations et de bâti­ments uti­li­taires pour s’en conten­ter. L’analyse des crânes des sque­lettes trou­vés sur place (pris à tort pour des sque­lettes fémi­nins) prouve qu’il s’agissait d’Indiens appar­te­nant à des eth­nies diverses, donc ori­gi­naires de régions dis­tinctes, qui étaient pro­ba­ble­ment venus appor­ter de l’aide. L’Inca, incar­na­tion d’Inti, était le seul à pou­voir réunir une popu­la­tion aux carac­té­ris­tiques si larges.

Un centre politique, religieux et administratif

Huit che­mins incas reliaient Machu Picchu aux autres régions de la cor­dillère et de l’Amazonie confé­rant à la cité une posi­tion stra­té­gique et les cri­tères d’une vita­lité com­mer­ciale. Les voies étaient pour­vues de relais par­cou­rables en un jour de marche et des cour­siers (chas­quis), se relayaient en cou­rant afin de trans­mettre les mes­sages en moins d’une semaine. Vu le nombre d’édifices reli­gieux, la ten­dance est de lui attri­buer un rôle spi­ri­tuel et céré­mo­niel auquel s’ajoute une fonc­tion agri­cole. Les Incas ne sépa­rant pas l’état de l’église, il n’apparaît pas inso­lite qu’un site ait pu répondre à des objec­tifs dif­fé­rents. Il s’agit de l’hypothèse la mieux par­ta­gée au regard des der­nières décou­vertes.

Les récentes révélations

Des car­rières, des mor­tiers de pierre à foi­son et une plate-forme d’observation cir­cu­laire déga­gés sur le pla­teau de Mandorpampa ont enri­chi les don­nées. Toutefois, une atten­tion accrue est por­tée sur les pein­tures rupestres pré-incas (quil­cas) qui confirment une empreinte qui aurait pré­cédé celle des Incas et ce sur une longue séquence. Celles mises au jour en 1912 par l’équipe d’Hiram Bingham sur le che­min de l’Intipunku, des­sinent un lama, un homme et une figure géo­mé­trique. Elles date­raient d’une période com­prise entre le IXe et le XIIIe siècle. Malgré la dif­fi­culté à pré­ci­ser la data­tion de l’ensemble de ces pétro­glyphes, beau­coup sont anté­rieurs au XVe siècle et un fais­ceau d’indices conduit à les attri­buer aux peuples d’Amazonie. Ces quil­cas expri­me­raient une tra­di­tion d’activités cultu­relles com­plexes qui se serait pro­lon­gée durant des mil­lé­naires. Certains auraient aussi indi­qué aux Incas le carac­tère sacré des lieux tout en les y gui­dant. Ils étaient connus depuis le début des fouilles, mais en moindres quan­tité et diver­sité, aussi marquent-ils une tour­nure dans l’avancée des recherches diri­gées par José Bastante, le res­pon­sable du pro­gramme d’investigation du sanc­tuaire.

Le Machu Picchu dévoilera-t-il pro­chai­ne­ment une par­tie de ses secrets si long­temps pré­ser­vés ? Quelles que soient les révé­la­tions à venir, il y a de fortes chances pour qu’elles accen­tuent l’attrait expo­nen­tiel que ce somp­tueux héri­tage des enfants du Soleil exerce sur le monde entier. Telle la légen­daire et mys­té­rieuse cité d’or Païtiti, de cette cita­delle céleste enve­lop­pée de divines brumes, émane une aura mys­tique, d’où s’exhale sans se dis­si­per, un enchan­te­ment unique et irré­ver­sible.

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