Vibrations juvéniles (curieusement) persistantes

16 décembre 2017 | Flâneries | 0 com­men­taires

En fou­lant du sabot les cailloux du désert d’Atacama impac­tés par les orages, mon esprit divague et me ramène des décen­nies en arrière quand, ense­ve­lie sous ma couette trans­for­mée en tente et chaus­sée d’une double mon­ture de lunettes ornée d’ampoules minia­tures, je bou­lot­tais avi­de­ment les bou­quins d’Évelyne Coquet, la pre­mière à nour­rir mes rêves d’évasion (indé­pen­dam­ment d’un contexte quelque peu tendu qui ne pou­vait qu’inspirer la fuite…). Parce que Paris-Jérusalem à che­val ça ne s’improvise pas. Pas plus que de tra­ver­ser l’Écosse, un ber­ceau sur un che­val avec son fils de cinq mois. Je remer­cie cette femme pas­sion­née et déter­mi­née, cer­taines vibra­tions juvé­niles nous imprègnent et nous portent loin, long­temps, devant.

Nous vivons par­fois des rup­tures sur nos che­mins de vie semés d’embûches et de si nom­breux virages à négo­cier, nous emprun­tons des direc­tions que nous consi­dé­rons, a priori, quel­que­fois du moins, à mille lieues de nos pre­mières ins­pi­ra­tions, mais nous appre­nons.

Si nous per­dons des fois le sens de nos déci­sions, la vie se charge de nous rap­pe­ler où se situe le cap qui nous per­met de ne pas déri­ver, ceci pour nous réa­li­ser. Il arrive que nous nous sen­tions en échec, mais nous choi­sis­sons, tou­jours, d’une manière ou d’une autre, notre voie et celle qui nous fait perdre nous fait bien sou­vent aussi gagner… Il se trouve que je ne crois pas au hasard. Une vibra­tion juvé­nile là encore, en lien avec une cer­taine phi­lo­so­phie de vie. Bref…

Indépendamment de nos erreurs et de nos (par­fois vastes) détours, le cap que nous avions délaissé se pointe à nou­veau à l’horizon et nous pei­nons à y croire en ce moment impro­bable où nous ramons, la tête dans le gui­don, loin de nos envies. Mais, mais, mais… D’un coup, d’un seul, nous voici à nou­veau sur la bonne ligne. Celle-ci étant celle sur laquelle nous nous ali­gnons, de tout notre être, pro­fon­dé­ment, plei­ne­ment, indu­bi­ta­ble­ment et nous avan­çons droit devant sans hési­ta­tion. Nous retrou­vons ce qui nous anime, nous fait vibrer en nous appor­tant le sens duquel émanent séré­nité et joie. Nous reve­nons sur nos rails, ce qui consti­tue notre colonne ver­té­brale, l’alignement, encore… En soi, de soi à soi… Et puis aussi, bien sûr, vis-à-vis des autres et du monde dans lequel nous évo­luons, ceci étant vague­ment lié à cela…

Il y a des vic­toires qui s’arrachent, pour les­quelles le com­bat est rude et labo­rieux, alors qu’une fois les vic­toires obte­nues, nous nous ren­dons compte, a pos­te­riori, que les choses étaient plu­tôt simples. Finalement, ne nous compliquerions-nous pas un poil les choses ? Bon, certes, je foca­lise sur mon fonc­tion­ne­ment mais mon petit doigt me dit que je ne suis pas la seule… Hum ? Il est impos­sible, pro­ba­ble­ment (encore que nous ne soyons pas tous consti­tués de la même manière), d’éviter les ques­tion­ne­ments et les batailles inté­rieurs qui m’apparaissent inhé­rents à notre condi­tion de petits bons­hommes sur ce petit bout de terre. Petit bout de terre que j’aime en l’occurrence par­cou­rir. Mais il est par­fois simple de répondre à un besoin. Encore faut-il le défi­nir. Soin que nous ne pre­nons pas tou­jours et qui fait que nous tour­nons en rond. En ce qui me concerne cela m’a d’ailleurs menée à une forme d’immobilisme, donc, revenons-en à nos mou­tons.

Les vastes espaces m’appellent. Je n’y fais rien d’extraordinaire, non, je les contemple et je me nour­ris de la sen­sa­tion qu’ils me pro­curent. En gros, j’aime prendre des bus pour­ris et voir défi­ler le monde… C’est ainsi et je me donne les moyens de réa­li­ser ces balades qui me mettent en joie, une joie pas si évi­dente à géné­rer sur cette pla­nète. C’est par consé­quent une grande chance même si, pour y par­ve­nir, il y a une mon­tagne d’autres choses que je ne fais pas. J’effectue mes choix. Je m’offre la chance d’éprouver la vibra­tion qui donne du sens à ma vie. Celle qui me per­met de cocher la case la plus essen­tielle.

Le verbe qui défi­nit le mieux ce qui est impor­tant pour moi est le verbe vibrer. Qu’est-ce que la vie sans vibra­tion ? Pour moi, rien que pour moi, mais peut-être aussi pour quelques autres, vibrer est juste fon­da­men­tal. Il ne faut pas for­cé­ment réunir des condi­tions excep­tion­nelles pour cela, mais être en accord avec soi, ça aide un peu. Alors je prends des bus pour­ris et me trim­bale d’une route à l’autre. J’ai juste rem­pli de presque rien un sac afin de ne pas m’encombrer de l’inutile qui m’éloignerait de l’essentiel. Rien d’extraordinaire je vous dis. J’aime voya­ger seule et être au plus près de ce que je res­sens, tout comme j’aime écrire, un plai­sir des plus soli­taires qui par­ti­cipe éga­le­ment à cette plon­gée inté­rieure.

Je vais ainsi, seule, au-delà de peurs que je n’imaginais pas devoir com­battre tant que je n’imaginais pas me retrou­ver dans telle situa­tion ou telle autre. Situation qui fina­le­ment n’est pas un drame. Bah oui, même seule, à l’autre bout du monde. Aussi, ces peurs changent, évo­luent. Oui, tout est en constant mou­ve­ment et mes peurs d’hier ne sont pas celles d’aujourd’hui, ren­for­çant d’autant ma confiance en la vie et au sens que je donne aux évé­ne­ments aux­quels je suis confron­tée. Ce qui compte est de res­sen­tir (et ce n’est pas rien) cette joie due à la vibra­tion cau­sée par cette réso­nance évi­dente avec ce que je suis et je m’arrange pour mettre cela en œuvre. Je fais un sac puis un autre… J’examine une carte puis une autre… J’ai tendu le pouce fort jeune au bord des routes en tra­ver­sant une petite quin­zaine de fois mon pays. Aujourd’hui je vais un peu plus loin, le monde ayant d’ailleurs changé depuis, cela est plus facile, mais la démarche est iden­tique.

Un de mes grands regrets, au seuil de fran­chir le pas qui me fera quit­ter cette vie (parce que si nous n’avons pas beau­coup de cer­ti­tudes, cer­taines ne peuvent être élu­dées et oui, nous mour­rons) serait, inévi­ta­ble­ment, de ne pas avoir vu à quoi res­semble un peu le monde.

Et vous ? Quel serait votre plus grand regret ?

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